Au XXIe siècle, l’Occident se préoccupe de l’Inde beaucoup moins que de la Chine. L’homme cultivé ne dépasse que rarement les clichés les plus éculés. Tout au plus commence-t-on à prendre conscience que ce géant démographique est sorti du sous-développement et sera l’une des grandes puissances du XXIe siècle. Avant d’être ravagée par les musulmans, exploitée par les Britanniques et ravalée au rang des dominés, l’Inde a connu la prospérité et sa civilisation a rayonné sur tout l’Orient. Si les Français ont appelé le joyau de leur empire l’Indochine, c’est parce que cette région a été indianisée autant que sinisée.
Ce que le grand indianiste Sylvain Lévi (1863−1935) résume en quelques phrases fortes : « De la Perse à la mer de Chine, des régions glacées de Sibérie aux îles de Java et de Bornéo, de l’Océanie à Socotra, l’Inde a propagé ses croyances, ses contes et sa civilisation. Elle a laissé des empreintes indélébiles sur le quart de l’humanité au cours d’une longue suite de siècles. Elle est en droit de postuler dans l’histoire universelle au rang que l’ignorance lui a refusé si longtemps et de prendre place parmi les grandes nations qui résument et symbolisent l’esprit de l’humanité ».